Entre Balaguier et Montguimar
L'Epopée de Charlemagne fait état des deux rocs sur lesquels sont érigés l'église de Saint-Gervais - Saint-Protais et le château de Jonzac. Dans la Chronique du Pseudo-Turpin, le roc Balaguier et celui de Montguimar surplombent le site occupé. La Cité de Jonzac naîtra de la fusion de ses trois bourgs, le Bourg de l'église, le Bourg du Château et le Bourg des Carmes. En 1073, l'édifice domine déjà les rives de la Seugne. Il traverse la Guerre de Cent ans (1337-1453), connaît de profondes transformations et révèle l'ensemble défensif de l'actuel centre ville. Le châtelet d'entrée date précisément du XV ème siècle. Les rainures de son pont-levis s'y découpent et laissent imaginer les douves dont le site était cerné. Dans la pierre de l'une de ses deux tours rondes, la date de 1449 est encore lisible. Sous le blason des Sainte-Maure (1325-1678), de puissantes gargouilles mettent en scène les figures de la meute des Seigneurs de Jonzac. Un loup aux abois, un molosse et un chien à corps d'homme y affrontent les forces d'un monde chthonien. Sur les flancs du châtelet, deux ailes s'étirent vers deux autres tours rondes. A l'intérieur de l'édifice, la cour d'honneur s'ouvre, au nord, sur les bâtiments de l'actuel Hôtel-de-Ville (réaménagés au XIX ème siècle) et, au sud, sur ceux de la sous-préfecture de Jonzac. Au sous-sol, l'ancienne salle des gardes (XV ème siècle) renvoie à l'histoire de l'ensemble défensif. L'intérieur de la cour du château est également enrichi de sculptures du XV ème et XVII ème siècle. De petits personnages y tordent leur visage grimaçant (XV ème siècle). Des gargouilles mettent ici encore en avant les figures de la meute (XVII ème siècle). Les saisons, les astres et les signes du zodiaque y sont modelés dans la terre cuite (XVII ème siècle). Enfin, il semble que les sculptures des connétables de France aient ici fait face au buste de Louis XIII. Lorsqu'au XVII ème siècle le littoral saintongeais fait l'objet de gigantesques travaux d'aménagement, le château reçoit des hôtes illustres. Le jeune Louis XIV, la Reine mère et Mazarin y séjourneront en 1659. Le cours de la Seugne, la proximité du fleuve Charente et l'Estuaire de la Gironde ont fait du Pays un important lieu de transit économique et culturel. C'est Jean de Sainte-Maure, Seigneur de Jonzac dont les armes sont portées au fronton du château, qui fonde, en 1505 le cloître des Carmes. Celui-ci a pour fondations les vestiges d'une ancienne chapelle élevée à Saint-Nicolas, le protecteur des marins. Sur les contreforts de l'église, d'étranges figures gothiques, animaux fantastiques et petites têtes humaines se penchent encore sur le spectacle de la rue. Une ruelle, l'actuelle rue de Champagnac, s'ouvrait, au nord de l'édifice, sur les abords du Bourg du château. Elle serpente aujourd'hui encore entre les habitations de ce quartier médiéval. Le chemin de ronde permettait de rejoindre, par la rue des Galeries noires, la Porte de ville (XV ème siècle). Flanquée de deux tours rondes, de mâchicoulis et d'une herse, la Porte fermait la seconde artère de la Cité médiévale. Les rives de la Seugne témoignent, d'une autre façon, de la prospérité de la ville. Les bâtiments dont les vestiges sont encore visibles abritaient les manufactures de traitement des peaux. Au XVII ème siècle, l'industrie du cuir est florissante. Elle connaît ici son apogée.
Le cloître proprement dit est édifié en 1657. Ses arcades et ses galeries s'ouvrent à la fois sur des chapelles latérales et sur les lieux de vie des Carmes. La bibliothèque, le réfectoire et les communs cachaient au regard des habitants du Bourg une autre forme d'activité. Restauré entre 1976 et 1978 par les artisans du Pays, le cloître des Carmes est aujourd'hui un Centre culturel. Ses salles d'exposition et son musée archéologique agrémentent encore la qualité des conférences qui y sont organisées. |